Accueil → 2002/04/23, 16h54
Une République Dominicaine méconnue
Depuis mon arrivée dans le monde du vol libre, j'ai fait plusieurs voyages à l'extérieur du Québec. D'abord l'Utah et la Californie, ensuite la Colombie Britannique, puis le Mexique. À chacun de ces endroits, je découvrais des montagnes particulières, des conditions de vol exceptionnelles, et surtout, des thermiques de plus en plus puissantes. Mais cette année, je n'ai pas beaucoup volé, alors je me disais que la République Dominicaine était l'endroit idéal pour un voyage d'hiver. Je savais qu'il y avait des sites thermiques mais je m'attendais plutôt à voler des sites dynamiques de bord de mer, histoire de dérouiller mes ailes.
Stéphane Lacasse et moi débarquons donc le 24 janvier 2002 à Santo Domingo. Comme prévu, nos hôtes et guides, Simon Vacher et Cédric Savioz, de Fly Vacher Parapente, nous attendent à l'aéroport.
Surprise
Le lendemain de notre arrivée, j'ai immédiatement compris que je m'étais trompé. En se rendant au premier site de vol, nous avons longé une longue chaîne de montagne au potentiel XC évident. C'est aussi à ce moment que j'ai réalisé que la République Dominicaine, c'est grand, et qu'une fois à l'intérieur d'une vallée, on a l'impression d'être sur un continent. À mon avis, la République Dominicaine peut se comparer sans complexes aux grandes destinations de parapente dans le monde. Il suffit de bien voir la carte topographique de l'île pour constater que les cordillères possèdent des sommets très haut, pouvant atteindre plus de 10 000 pieds.
Conditions atmosphériques
Il est important de signaler que les conditions météo n'étaient pas les meilleures à notre arrivée. Une crête de haute pression bien installée au nord du pays faisait en sorte qu'un vent fort du nord-est nous empêchait de voler au site principal, à Azua. Simon et Cédric ont donc choisi de nous faire voler au centre de la cordillère centrale. Cette portion de la cordillère était à l'abri des vents dominants. L'anti-cyclone s'est estompé vers la fin de la semaine ce qui nous a permis de voler à Azua lors des 2 dernières journées de notre voyage. Selon les pilotes locaux, on peut trouver un site volable à tous les jours de l'année. Il faut seulement être prêt à rouler quelques heures, sur des routes parfois assez … épuisantes.
À cette période de l'année, les cumulus font leur apparition le matin, autour de 9h ou 10h. Leur altitude à ce moment semble être d'environ 5000 pieds. Vers 14h, leur base peut atteindre 8000 pieds. Durant la journée, la température était assez stable autour de 30 degrés Celsius. Étonnement, la pression barométrique est restée la même à tous les jours : Je n'ai ajusté mon variomètre qu'une seule fois à mon arrivée. La température à 5000 ou 6000 pieds est agréable. Un coupe-vent est nécessaire. À 8000 pieds, c'est évidemment plus froid mais quand même supportable. Je n'ai pas porté de gants de toute la semaine mais j'aurais aimé les avoir lorsque j'étais à 8000 pieds.
Les journées de vol
À nos 2 premières journées, nous avons eu l'opportunité de découvrir 2 nouveaux décollages sur un nouveau site de vol dans la vallée de la rivière Yaque Del Sur. Cet endroit avait été survolé par Simon lors d'un vol XC. Sur la carte des sites, ces décollages se trouvent au bout du vol de 56km d'Azua. Ayant observé une route longeant toute la crête à cet endroit, Simon nous a proposé de tenter d'y trouver un nouveau décollage accessible en véhicule. Nous avons bien sûr accepté tout en comprenant bien qu'il se pouvait qu'on ne trouve rien et risquant par le fait même de perdre une précieuse journée de vol. Mais nous n'avons par regretté notre décision puisque nous avons tous volé cette vallée les 2 premiers jours.
Les décollages étaient à des hauteurs d'environ 3000 pieds. Nous avons éventuellement atteint des hauteurs de 7000 pieds et Stéphane à même réussi à voler à l'intérieur d'un beau cumulus ce qui fut une première pour lui (je sais, ce n'est pas légal, mais à cet endroit il n'y a vraiment aucun avion qui circule). Un des décollage était assez impressionnant : Aucun atterrissage vers le bas. On se devait de trouver un thermique afin de pouvoir traverser 2 arêtes de montagnes. Un des pilotes n'a pu traverser la deuxième crête et s'est posé sur le flanc de la montagne, un peu dans les arbres…
Les atterrissages dans la vallée sont nombreux mais le meilleur reste le lit en partie desséché de la rivière, ce qui permet de se rafraîchir après un long vol. À chaque atterrissage, tous les enfants du voisinage accourent en criant : " los paracaidas! " (les parachutes!) Une fois atterris, une cinquantaine d'enfants et de moins jeunes nous encerclent pendant toute la procédure de pliage en posant des tas de questions.
Étant loin d'une ville, nous avons décidé de dormir dans le petit hôtel d'un minuscule village dans les montagnes. Les chambres y coûtaient 40 pesos (4$ cdn!) C'était très propre mais on est très loin des 4 étoiles… Les gens du village étaient des plus accueillants et puisque nous étions là un samedi soir, il y avait fête au village. Stéphane et moi avons été forcés de tenter de danser le Merengue et la Bachata. Mémorable. Mes partenaires de danse ont du se masser les pieds toute la nuit!
Las Aguïtas
Après 2 belles journées de vol, nous sommes allés près de San Juan, un peu plus loin dans la vallée. Notre guide nous a trouvé un hôtel à 150 pesos la nuit (15$ cdn). Le lendemain, on nous a emmené au site Las Aguïtas. Le décollage se trouve au sommet d'une montagne au dénivelé comptant environ 1000 pieds. Derrière le décollage, on peut admirer l'ampleur de la cordillère centrale. La montée d'une trentaine de minutes se fait à pied, en plein soleil. Aucun arbre, pas d'ombre. Il est donc important de s'asperger de crème solaire avant la montée. Par chance, nos hôtes ont de bonnes relations au village : Nos parapentes montent à dos de mûles.
Le site de Las Aguïtas est à mon avis le plus intéressant que j'aie volé là-bas. Le décollage est relativement facile, bien dégagé, et la vue est magnifique. Le potentiel XC y est limité à environ 48 Km puisque la frontière Haïtienne empêche d'aller plus loin. Mais même sans se rendre à Haïti, on peut s'amuser en transitant d'un sommet à l'autre sur une distance d'une quinzaine de kilomètres et revenir atterrir sur la rive d'un lac derrière un barrage hydroélectrique. Les audacieux peuvent même terminer en vol dynamique sur le barrage lui-même.
Retour à Azua
Après avoir été forcé à passer un total de 7 jours dans la vallée, à cause des conditions venteuses partout ailleurs sur l'île, nous sommes revenus à Azua. Les prévisions météorologiques annonçaient que la haute pression responsable des grands vents était en train de s'estomper. Le soir, de retour à Azua au bord de la mer, nous avons constaté que le ciel était complètement couvert et que les vents soufflaient toujours. Stéphane et moi, déçus, sommes allés nous baigner devant l'hôtel ou nous étions installés, voisin de l'école Sky Vision où habitent nos guides Simon et Cédric. Les vagues étaient assez fortes pour nous permettre de faire un peu de body surf. Le matin, au réveil, le ciel était complètement dégagé, mais les vents étaient toujours trop forts. Nous sommes donc tous allé déjeuner en ville et au retour, vers 11h00, il n'y avait plus de vent. Le sourire et l'espoir pouvaient se lire sur nos visages.
Il était près de 13h00 lorsque nous sommes arrivés au décollage. Le décollage est à environ 300 pieds et est accessible en voiture. Les thermiques étaient déjà assez forts et on devait s'activer afin de décoller avant que la brise de mer n'arrive. La fenêtre allait bientôt se fermer. Cédric décolle le premier et se fait légèrement arracher. Je le suis immédiatement en attendant une accalmie. Je me retrouve immédiatement dans un thermique qui me monte à plus de 6000 pieds. La vue sur la baie y est époustouflante.
Pendant ce temps, Stéphane s'est préparé à décoller. De là-haut, je pouvais voir son parapente étendu sur le décollage. Quelques minutes plus tard, j'ai revu son aile toujours étendue, mais cette fois plus bas, à la gauche du décollage. J'ai alors compris qu'il avait eu un problème. L'aile est restée immobile un certain temps, suffisamment pour m'inquiéter. Une communication radio me confirme que Stéphane a raté son décollage et est retombé assez durement au sol. On me dit alors qu'il semble ne pas y avoir de casse et que je peux continuer mon vol. Je me pose quand même quelques minutes plus tard. Après avoir passé des radiographies dans un hôpital local, Stéphane apprend qu'il n'a aucune fracture, seulement des douleurs musculaires à la hanche gauche, aux côtes, et à l'épaule. Pour lui, le reste du voyage sera plus tranquille… Le lendemain, dernière journée de vol de notre voyage, il est resté à la plage d'où il a même pu nous voir grimper jusqu'au plafond!
Vol de distance
Cette dernière journée, les conditions étaient encore excellentes. Nous sommes allés au même décollage que la veille. C'est durant journée que je suis parti en vol voyage pour une distance de 59.5 Km. Il s'agit là d'un record de l'île mais je crois que cette distance sera bientôt battue: Si vous regardez la carte de l'île, ou peut voir que les vols XC d'Azua (56, ou 60Km) rejoignent presque le départ du vol XC de Las Aguïtas qui va à Haïti. Il ne reste qu'à compléter le segment séparant les 2 routes pour pouvoir parcourir 120 Km. Notez que ce segment, s'il est fait en montagne, sera difficile et le pilote devra être prêt à passer la nuit dehors enveloppé dans son parapente… Mais il fait chaud, et il n'y a pas de Grizzly!
Je me suis bien amusé durant ce vol et les conditions parfaites ont fait en sortes que je ne me suis jamais retrouvé dans une situation périlleuse. Durant la première moitié, j'ai survolé la cordillère centrale et le vol s'est complété en plaines, dans la vallée, histoire de me remettre dans l'ambiance des vols qui m'attendent au printemps à Yamaska!
Tour guidé
Ce voyage a été agréable en grande partie grâce à l'accueil formidable de Simon Vacher et Cédric Salvioz de Sky Vision. Nos hôtes nous ont fait découvrir des coins de pays que peu de touristes ont vu. En fait, durant les 10 jours passés là-bas, nous n'avons croisé aucun touriste. Ces régions de la République Dominicaine n'ont absolument rien à voir avec les coins plus connus, tels Sosua, Puerto Plata, Punta Cana, ou Cabarete. Pour choisir cette destination, il faut donc avoir le goût de l'aventure. Les plages dorées avec service de Piña Colada, oubliez-ça! Au petit hôtel dans les montagnes où nous avons passé une nuit, il n'y avait même pas d'eau courante. On y trouvait plutôt un baril dans une petite pièce commune et on utilisait une écope pour s'asperger d'eau. Mais il s'agit là d'un exemple extrême. Certains hôtels furent très bien. Un d'eux avait même l'eau chaude, et un téléviseur! Un point commun à chaque hôtel : Des chorales de chiens jappeurs et de coqs chanteurs nous ont divertis pendant la nuit et au lever du soleil…
À l'an prochain?
Finalement, pour ce qui est des choses importantes - c'est-à-dire voler - eh bien malgré les mauvaises conditions météo des 8 premiers jours, on a tout de même réussi à nous faire voler 8 jours sur 9. Stéphane et moi avons choisi cette destination après avoir écouté le récit de 3 pilotes de l'Outaouais. Un d'eux y est même allé voler 3 fois en un peu plus d'un an. Et moi, j'y retourne l'hiver prochain? Probablement!
Commentaires (2)
Bonjour,
Je suis présentement à la recherche d'un endroit chaud (pour cet hiver) ou je pourrais aller faire du parapente. Apres avoir été référé a vous et après avoir lu votre récit. La République Dominicaine semble être un bon choix. J'aimerais savoir ou je peux trouver des contacts pour me préparer a faire une expédition et aussi connaissez vous des groupes qui organise des voyages ?
Merci
Jean Guénette
hexadoo@hotmail.com
Le 2003/10/08 à 19h30, par Jean Guenette
Je te suggère de contacter Simon Vacher. Il passe l'hiver en République Dominicaine où il reçoit des groupes. Tu pourrais possiblement te joindre à un groupe si tu es seul.
simonvacher@yahoo.com
Le 2003/10/09 à 13h42, par Claude