Accueil → 2003/10/16, 08h15
Écrire en français: un sport à risque
Je m'interroge souvent sur les raisons qui font que je publie plus souvent en anglais. Ma langue natale est le français. Je suis en faveur des structures politiques qui protègent cette langue. J'aime la culture francophone.
Une cause probable de cet état de fait est que je produit en général du contenu technique et que les termes sont d'abord anglais. Les nouveautés technologiques dans mon domaine ont tendance n'être traduites que plus tard. Ou encore, ayant passé les 10 premières années à travailler en informatique dans des milieux anglophones en Ontario, il m'est difficile de changer ma langue de travail depuis mon retour au Québec.
Mais aujourd'hui, j'ai trouvé une autre raison à ce manque: Écrire en français, c'est difficile et les lecteurs cherchent les fautes. C'est un peu comme si les structures qui protègent ma langue s'étaient reproduites chez nous, les individus, et lors de la lecture d'un texte en français, nous devenons des agents au service de ces structures. Je réalise ceci en lisant un article du cybercodeur. Un des lecteurs a envoyé un commentaire (recherchez 2003.10.15 @ 2:48 par Un usenaute) simplement pour indiquer ce qu'il croit être une faute de français. Et la moitié des commentaires de cet article (en date d'aujourd'hui) concernent la langue plutôt que le contenu.
Publier en français nécessite d'être attentif autant au sens qu'aux mots pour le dire.
Quand j'écris en anglais, je ne ressens pas cette pression sociale d'être parfait. Il me semble que je ne lis jamais de commentaires sur la langue sur les weblogs anglophones. Ceci est peut-être dû à l'importance de l'anglais: L'anglais est tellement répandu que beaucoup de non-anglophones comme moi publient en anglais avec les imperfections qui en découlent. La qualité de l'anglais est donc moins importante que la masse de contenu qu'on retrouve.
Écrire en français, c'est une autre histoire. Beaucoup de site en français montrent une certaine fierté à être en français. Ce faisant, ils se créent une certaine pression à produire des textes sans faute. Le contenant devient alors plus important que le contenu.
À mon avis donc, et paradoxalement, notre langue aura fait du chemin quand autant francophones que non-francophones ne craindront plus d'utiliser un français imparfait.